La voix de doc Charlastan le tira brusquement de son rêve. Elle lui était enfin apparue, elle dans sa robe blanche. Elle dont les cheveux dansaient au rythme du vent. Elle dont le regard lui rappelait les eaux tumultueuses de l’Atlantique. Mais voilà que comme à chaque samedi matin et ce depuis 4 semaines doc Charlastan n’en finissait pas de lui gâcher la vie. D’abord, il se déplaçait tous les vendredi soirs pour aller rejoindre sa famille. Roqaya, sa femme, celle qui n’en finissait pas de le faire souffrir; avait enfin gagné la fameuse partie de bras de fer. Cela faisait quatre ans qu’elle insistait pour qu’il leur loue une maison d’été. Quatre ans qu’il s’esquivait, quatre ans qu’elle le lui rappelait à chaque petit moment de plaisir qu’elle daignait bien lui donner au compte-goutte. Dès qu’il l’approchait ardent de désir ou tout simplement avide de tendresse, elle ne pouvait s’empêcher de lui rappeler d’une voix doucereuse. Moulay Tayeb zine rjal (là, il fondait), tu imagines si nous étions dans une maison d’été, loin de la ville et de la pollution. Tu imagines comme nous pourrions être proches l’un de l’autre après une journée passée au bord de la mer? J’en finis pas d’imaginer voulait-il rétorquer à chaque fois. Mais il savait bien que Roqaya n’était pas femme à lâcher prise facilement. Il tentait tant bien que mal d’esquiver, mais elle finissait toujours par l’emporter haut la main. Et cette année à force de privation affective, il finit par abdiquer. Elle se fit douce durant tout le temps qu’ils cherchèrent. Elle ne voulait pas être tout près de la mer, elle refusait de visiter les maisons qu’il lui proposait. Non, elle cherchait une vieille maison de campagne, elle voulait absolument une grande cour centrale à ciel ouvert. Il la trouvait attendrissante cette femme dont il partageait la vie depuis vingt ans et qui redevenait tout à coup enfant en lui contant ses vacances d’enfance. Il était prêt à supporter ces petits caprices tant qu’elle lui ouvrait ses bras et le laissait s’y lover. Bien entendu, il y avait les autres femmes, mais quand Roqaya lui souriait il les oubliait, toutes insipides, même celles qui venaient meubler ses nuits blanches.
Fik soukkar? La7laqam? Tanesiou, rumatizm? Tay derrouk leklawi? Hana khouya hani a khti, rani ma kounte ga3 baghi nji ghir soute arra7ma li gual liya nod nod, sir ddawi khoutek!
Que ne ferai-je par amour pour Roqaya! Il sortit de la chambre, resta un moment au milieu de la cour à admirer l’azur exempt du moindre nuage puis grimpa sur la vieille échelle qui menait à la terrasse. Perché tel un funambule, il vit la foule commencer à s’agglutiner autour de doc Charlastan. Ce dernier gesticulait devant les badauds. Une sonnerie de téléphone retentit, et doc Charlastan se mit à dire:
- La choukr 3ala wajib, goul lha lihoum tta. Ha houwa wa7ed lmoumen kane mrid hana mane khebbi 3likoum walou yallah a khouna fel islam gol lihoum!
La voix surgie d’un haut parleur récita un témoignage appris par cœur :
-Ana kanou halkini lbwasser wa diqqa ou dewezte 3and ch7al men tbib ou klite 3arma del fanide, wash ngol likoum ya lkhoute, wa wafaqni ghir 3laj khouna fel islam, sir Allah inewer iyamek, wi ketter men mtalek wi quawwi imanek, ana bghite lik lkhir wel lkhmir, dawitini, Allah i7efdek wi ghalbak 3la ganss alghafline.
Wash golte likoum? Teqtou biya? Ha ila guatlak roumatiz ha lma issakhene like la3dam, chroub jghayma ou goul besslama li diqqa. Der fi gualbek lamane ou had dwa may khib likch.
Tayeb marmonna : Allah i3tiq le7laquem, tsseketna chwiya ya lmoucha3wide puis redescendit se servir un jus d’orange en attendant que Roqaya revienne du souq.
Ce soir, devaient venir les cousins, leurs femmes et leur marmaille respective alors que lui rêvait encore à un moment en tête à tête sous les étoiles avec comme musique de fond la scansion de sa voix lorsqu’elle prononçait son prénom. Il espérait plus que jamais le silence ouaté de la nuit et son rire mi-pudique mi-effronté lorsqu’il essayait de l’attirer vers lui.
Jabaaane, Jabane koul ou bane criait une voix dans la ruelle. Décidemment, il ne comprendrait jamais rien à sa femme. Lui qui espérait un endroit romantique et elle qui disait que la romance pouvait s’installer partout en autant qu’il veuille bien lui souhaiter la bienvenue. Lui qui voulait voir la mer, elle qui n’en supportait pas les embruns. Lui qui rêvait de retrouvailles, elle qui en organisait pour sa tribu au grand complet. Lui qui n’espérait que quelques moments passés à faire la sieste avec elle, elle qui refusait l’intimité diurne.
Pour sûr, les hommes et les femmes venaient de deux planètes bien différentes. Son copain lui avait parlé d’un livre Men are from Mars, Women are from Venus. Dans son quotidien, c’était plus du genre les hommes de Had oulad Frej et les femmes de Tlate Sidi Bennour à en juger par cette maison d’été et le comportement de sa femme voulant à tout prix revivre son enfance.




Pardon de passer en courant,mais c’est juste pour te faire un gros mwah d’Al Hoceima.
will read carefully later
xoxo
Par Najlae le 29,09, 2006
à 7:08
Khatar had Roqaya …
non je retire si ce trouve cette obsession de revivre l’enfance a une explication (Demander lec asier judicaire)
sinon l’histoire de basser et goul lihoum nta: fou rire incroyable
Par Larbi le 29,09, 2006
à 8:47
NajNaj! Happy to hear from you a Zwina dialna! Hope everything is fine with you, miss our conversations, will call you soon!
Larbiii toutes les femmes jurent de ne pas devenir des Roqaya, mais la vie les met à l’épreuve:) Who knows, j’ignore ce qu’il adviendra de ces deux… à suivre za3ma:-)
Par Loula la nomade le 30,09, 2006
à 12:35
Salut Loula,
Jaban kolobane, cela me rappelle de vieux souvenirs dans les rues de la medina. Il y avait le 3arak Souss qui est en fait une sorte de limonade, bakhanou, un fruit mediterraneen dont j’ai oublie le nom.
Quant au phenomene des doc de halqa, je l’ai bien vecu. Il y avait ceux qui se faisaient passer pour des chenguitis et qui etaient habilles en bleu avec un couvre chef noir a la maniere des Touareg. Ils vendaient une espece de Viagra. On les appelait l’”3anbar gaga”. D’autres doc plus franchement excrocs vendaient des pastilles ou bonbons qui venaient d’Espagne -et que les gens ne connaissaient pas encore- pour des medicamnets!
Les plus malins, c’etaient les specialistes des tours de magie et qui faisaient croire qu’ils ont le pouvoir sur une Djennia. Ils avaient dans les mains un couffin et se mettaient a lui parler devant les gens et a lui donner des ordres comme celui de pisser. En realite, c’etait un petit sac en plastic remlpi d’eau!
Mais celui qui a le plus marque mon enfance et celle de milliers de gamins, c’est un “anarchiste” qui s’appelait “Bazaouize”. Il parlait, parlait et se mettait a dire des trucs sur la pauverete des gens, la richesse des gouvernants. Son chef d’oeuvre c’etait une adaptation “contestatrice” d’une chanson a la gloire du roi de Abdelwab Doukkali. A l’epoque, c’etait comme un blasphme, ou il pralait de notre pays pays, pays des pauvres “7azqine”. Mephisto le connaissait bien et on en parle lors de nos rencontres.
Mais les meilleurs c’etaient les conteurs d’histoires sur le roi riche Qarun, Abouzaid El Hilali ou Saif Do El Yazan… C’etait magique. Plus tard, j’ai beaucoup aime les vieux m3alem gnawas quand ils chantaient Lala Mira, Legnawai ya sadati, legnawi sidi Mimoun…
La periode la plus faste pour la halqa, c’etait la semaine du Miloud ou Mouled. Des centaines de milliers de paysans Beni Hssen, Zemmour, Zayane et d’autres regions, des touristes parfois meme d’Algerie ou de Tunisie deferlaient sur la ville. Ils etaient la meilleure clientele des docs de halqa et des conteurs. Ils etaient heureux comme des fous. Pour eux, c’etait comme la tele d’aujourd’hui.
Comme Roqiya, il nous arrive a tous d’avoir la meme nostalgie. Des fois, je fonctionne comme qulqu’un pour qui les pendules de l’hsitoire se seraient arretes il y a 30 ou 35 ans. Et souvent, je parle de choses comme si depuis rien n’a change…
Salam
Par Chakazoulou le 30,09, 2006
à 1:28
Loula, I like this idea of how men and women are looking for different things, not necessarily contradicting things. And yet the woman manages to get what she wants because the man’s desires are all revolving around her…
This post once again reveals your authenticiy, I love that!
Par zalamoka le 30,09, 2006
à 4:46
Hi All,
Chakib, ah le bon vieux temps! Je suis impartiale, que veux-tu:-)
Zalamoka, many questions my friend, many.
Have a great day
Par Loula la nomade le 3,10, 2006
à 11:46