Posted by: Loula la nomade | 30,01, 2007

Le somnambule funambule3


Homme seul, RV Miloux

D’abord il avait plu pendant une bonne partie de l’après-midi rendant les ruelles du village impratiquables. Tayeb se demandait encore ce qu’il lui avait pris d’accepter de venir passer son été à la merci des piqûres de moustiques et des odeurs pestilentielles. La nature, lui avait-elle dit. Si côtoyer le mulet du voisin, les poulets de Lalla Mbarka et les vaches de Haj Sadiq signifiait l’appel de la nature il était bien servi. Après, la prestation de doc Charlastan ce matin; les poubelles amoncellées vestiges du souk, véritable festin pour les animaux du coin sans compter les insectes, empestaient l’air. Lui qui aimait le poulet s’était juré de ne plus en manger dans le village et encore moins en demander aux nombreux boucher du village.
Roqaya, elle, vaquait à la préparation de son fameux souper. Elle le taquinait quand il se bouchait les narines. Je pensais avoir épousé un homme viril. Je t’en ferai voir de la virilité si seulement je pouvais te toucher un instant eut-il envie de dire. Il se retint au dernier moment. Il savait ce qu’il aurait eu à encourir si cette si petite phrase, si vraie par ailleurs, avait été prononcée. Il se mit à toucher le géranium odorant pour ne pas lui répondre et alla jusqu’à imaginer son odeur entre ses doigts. La virilité selon Roqaya devait-elle impliquer un estomac en béton armé? Son estomac se contracta si subitement qu’il pensa étouffer.
Que cherches-tu continuait-il à se demander depuis ce matin. Un geste, un regard, un sourire affectueux? De la compréhension? Un soupçon de complicité, ne serait-ce que quelques secondes de pure communion.
Dire que Roqaya avait toujours été une femme froide et distante serait mentir. En fait, plus elle enfantait plus elle l’éloignait et s’éloignait de lui. Il avait souvenir des premières rencontres. Elle, timide et rougissante. Lui, hardi et impatient.
Bien entendu, il avait connu bien des femmes charmantes et intelligentes. Mais il y avait en elle quelque chose que les autres, lui semblait-il, n’avaient pas : sa candeur similaire à celle des jeunes débutantes. En fait, elle le séduisit par son silence. Il ne supportait pas les femmes qui lui tombaient dans les bras, mûres et juteuses. Prêtes á être consommées. Elle, par contre, avait cette beauté virginale. Il lui suffisait de l’effleurer pour voir sa peau satinée s’hérisser. Avec les années il vint à croire que ce n’était là qu’un stratège d’ingénue aspirant à devenir femme fatale. Il en était devenu obsédé. Lui qui aimait la présence des autres femmes, qui aimait leurs caresses, leurs taquineries, leurs longs soupirs amoureux, leurs voix chatoyantes et suppliantes lorsqu’il les accompagnait au seuil du plaisir, se détourna complètement de ses amantes aimantes. Il n’en avait que pour Roqaya. Elle était son Ishtar. Il devenait Samson et lui offrait sa force sachant fort bien qu’elle le castrerait encore plus de ses froids silences et ses ce n’est pas le moment, j’ai mal à la tête, on va nous entendre, plus tard, mais t’es devenu insatiable ma parole. Dès lors, il se recroquevillait, il se faisait petit, conciliant, attendait patiemment, comptait les jours, les heures, les minutes, les secondes, espérait ardemment un regard chaleureux, une caresse, un baiser. Non, Roqaya n’en avait que pour ses enfants, sa famille, ses amies et ses interminables conversations téléphoniques. Rares étaient les moments de grâce. Le dernier remontait au début de l’été. Un orgasme contre une maison de vacances. Il était convaincu d’être un objet consentant. Objet se mit-il à répéter, objet, simple objet, insignifiant petit objet, juste bon à inséminer, un misérable petit membre objet qui rétrécissait telle une peau de chagrin et dont la belle ne voulait plus. Il se ressaisit et se réconforta en pensant au bon vieux temps. Quelle période préférait-il? En fait, toutes les saisons de sa vie semblaient s’être donné rendez-vous à l’automne.
Son ami et professeur de mythologie comme il se plaisait à le surnommer lui avait parlé de Demeter. Déesse malgré elle de l’agriculture. Demeter avait une fille, Perséphone, que Hadès, maitre du pays de morts, avait enlevée. Chagrinée par la disparition de sa fille, elle en oublia la terre qui faute de soins condamna Olympe à la famine. Tu vois, elle ressemble à une autre déesse d’un pays plus lointain connue sous le nom d’Amarestsu déesse soleil. Son ami le perdait dans ses histoires de dieux lointains. Bref, le comportement de Demeter ne plut pas à Zeus car la famine fallait prendre ça au sérieux. Zeus envoya donc Hermes rencontrer Hades et ramener Perséphone. Cette dernière avait dégusté un miniscule grain de grenade ce qui la condamnait à passer sa vie sous terre, parce que dkhoul l7amman machi b7al khroujou. Mais ils en arrivèrent à un accord. Perséphone irait voir sa mère en automne au moment où la terre se reposait et retournerait vers Hades pour les trois autres saisons.
Tayeb était perdu dans l’univers de la mythologie. Il se demandait si son ami n’en faisait pas un peu trop.
Mais, voilà, avec ou sans la mythologie; Tayeb vivait, bien secrètement, son automne qui semblait effacer les autres saisons. Son univers pensait-il n’était que grisaille et les bourgeons de son être n’obéissaient qu’aux rares et si espacées caresses de Roqaya. Autant dire qu’il se sentait telle une terre craquelée. Il n’était pas aussi cultivé que son ami, mais il savait pertinemment bien que cet amour qui le consumait, ce désir qui l’aveuglait, ce vide qu’il acceptait, cette carence qui le minait, tout ceci ne pouvait être partagé par Roqaya. Il était semblable à un chaton aux mains d’un jeune enfant. Il se laissait caresser et soudain se faisait tasser. Il avait depuis longtemps abandonné la moindre rebellion. Elle l’avait maté, complètement vaincu et pourtant il ne voulait point de se délier de ses chaînes. Il avait signé son acte de soumission et attendait sa délivrance.

-‘C’est bien toi, Tayeb! Les invités arrivent bientôt et tu fais ton fainéant. Mais pourquoi ai-je épousé un homme de la sorte?!’

Les paroles de Roqaya le criblèrent de toutes parts. Il baissa les yeux, chercha à respirer, se leva et sortit sans la regarder. Dehors, le village se remettait de l’orage. Les vieux étaient sortis et discutaient entre eux par groupes de trois ou quatre, les enfants couraient dans tous les sens. Il longea la rue boueuse, tourna à droite et se mit à marcher vers Tnine Al Gharbia. Derrière, les nuages avaient déserté le ciel et l’on pouvait deviner les vagues s’écraser avec fracas contre la falaise.

Réponses

Beau texte la Loula, bel exemple de relation sado-masochiste psychologique, assez fréquente chez nous, la femme qui prend le dessus, et laisse tomber le masue virginale, elle se delecte de son pouvoir d’avoir maté le mâle tt puissant, il souffre d’être son joujou, et s’en delecte d’autant plus que le refus, l’attente attise le désir…
son homme a des instincts de chasseur, n’aime pas la proie facile d’office, elle a fait que maintenanir ses instincts sur elle..elle a tout compris..céder facilement ce serait le perdre..c’est diablement épicé t ça..:))
et tu me dis que ça marche pas les artifices ??..que nenni..:))
Mouaaahhhhhhhhhhhhhhhh

loula
dis donc, pauvre Tayeb. non Rouqaya exagère un peu, on a pas le droit de mal traiter un homme. ton histoire, on dirait une illustration romanesque de mon intervention sur “ce que c’est de vivre”. J’ai évoqué justement cet amour incompréhensible après le premier enfant. Cet amour que j’ai même qualifié de « merdique ».
entre parenthèse Loula, on t’a déjà dit que tu écrivais super bien les histoires, en tout cas moi je serais ton fidèle client, c’est rare de tomber sur des mots qui gliiiiiiiisse comme tu les fais glisser, je ferme la pernthèse.
Roqaya, a l’air méchante et semble mal traiter son marie qui lui ne bouge pas le petit doigt pour manifester sa soif sexuelle et son désir de s’évader pour un moment avec elle dans leur champs secret dans leur délire intime. « ce moment », ils réussiront à le retrouver, d’abord parce que l’envie est partagé (sinon il serait pas rester le pauvre à imaginer et à désirer ce moment avec impatience)et aussi parce que Rouqaya, même s’elle ne le dit pas, sait quand Tayeb est « fainéant », elle lui remonte tout de suite les bretelles.
généralement le couple rouqaya tayeb arrive tjs à remonter la pente en soignant toutes les plaies possibles avec justement « ce moment ». parce que « ce moment » une fois vécu vaut tout l’or le bonheur et l’honneur du monde. Rouqaya maintient le foyer en équilibre par son instinct de femme uniquement, la preuve, Tayeb ne s’adresse pas à elle quand il s’agit d’expliquer des phénomènes naturels. Il va plutôt voir son ami le mytho…
Où est ce que tu veux en venir hobahoba ? à une question simpliste qui fut une affirmation d’un grand penseur du nom de khalil gebrane : « la femme est cruelle dans son savoir » moi je me pose la question :
« la femme est elle vraiment cruelle dans son savoir ? »

Hobahoba, je voudrais te dire que cet amoiur merdique, l’est déjà avant le premier enfant, la première neissance n’est que révélatrice, on a deux cas de figure, le mari qui n’a pas su créer de véritable attaches avec sa femme, cette dernière quand elle enfante, retrouve l’affection qui lui faisait défaut via sa relation mère-enfant, elle s’y noie, s’y abreuve,et se détache du père, elle cesse d’être une épouse et devient juste maman..normalement un mari aimant, par son affection, rétablit l’ordre, casse cette fusion,qui parfois nocive à l’enfant et certainement au couple, et on a vrai trio…mais nos hommes ne savent pas s’y prendre, ils boudent tout simplement.
le deuxième cas de figure, c’est la fiancée qui a poour souci majeur, chercher un géniteur, fonder un foyer, même si elle ne se l’avoue pas à elle même, une fois qu’elle a son gosse, la partie est finie, et encore une fois, le mari a sa part de responsabilité, il n’a pas su se comporter en amant..
quant aux femmes, inutile de préciser qu’elles sont plus psychologues, plus intuitives, plus habiles..ce sont des qualités essentiellement féminines, et certaines, n’ont pas de scrupules à s’en servir pour devenir des manipulatrices, et souvent c’est juste par instinct de survie..vu le statut de la femme dans nos contrées, il lui reste que son intuition, et sa ma lice pour se défendre, face au mâle tout puissant, cet enfant roi, qui se croit tout permis..ce n’est que justice..:))

chapeau bas Loula pour le texte, et la musique.. :)

imane
“je voudrais te dire que cet amour merdique, l’est déjà avant le premier enfant, la première neissance n’est que révélatrice” je crois, j’aurais Freud en personne comme thérapeute, il n’aurait jamais su me sortir cette phrase, dite innocemment comme ça en passant…
et je ne blague pas imane
mais c’est ça la réponse à l’énigme, tout simplement ça!
a lala Imane merci. je cours citer cette phrase à mon copain qui souffre le pauvre.
elle a du caractère rouqaya et je pense pas imane qu’elle s’en sert pour manipuler tayeb, elle a de l’énergie c’est tout. et je suis sûr malgré les apparences, elle serait capable de tuer s elle sentait qu’elle allait perdre son mari.
je parle trop n’est ce pas. je suis bien chez loula en ce moment, on est “geborgen” , bien quoi!

LOL nulle part ailleurs que ches les Marocains. Je suis pliée de rire. Ntouma malkoum? Hobahoba, tu peux parler comme tu veux et autant que tu veux, même chose pour Imane.
Mais là, je ne vous dis pas je n’ai pas ri comme ça depuis au moins 24hes.
Mwah

c’est pas une question de caractère, leur amour était merdique bien avant, côté sexualité ils ne sont pas compatible, dis-je avec innocence, mais ça, ils pouvaient pas savoir avant le mariage, pace que ça se passe au maroc, et kils doivent faire avec après..pace que encore une fois est au maroc..
pas besoin de Freud pour comprendre, que quand il y un véritable amour, une vraie complicité et du partage, et de la compatibilité..un premier enfant ça ressere les liens au lieu d’éloigner..
ben tant mieux la loula..:))

LOL, Imane tu ne trouves pas que tu extrapoles un peu là:-)? Heureusement que je ne vends pas mes mots parce que sinon wow les interprétations couleraient:-)) lol.
Mwah

ben non, je fais que répondre..:)), suis relax tu sais, ce que me dit hobahoba je le prends très bien, le chat n’a pas de ton tu sais..je ne prends pas les choses à coeur, il m’a semblé avoir répondu à sa question..

Imane, je te jure que je suis agréablement de bonne humeur depuis les échanges Imane-Hobahoba. Rakoum uniques je ris encore. Entre deux communiqués de presse je viens décompresser :-) des vacances ze veux des vacances..
Mwah

Loula beau texte comme toujours. Comme toi j’ai adore les echanges plus haut: une conversation entre femmes intelligentes. Merci a Imane pour ce texte:” cet amour merdique, l’est déjà avant le premier enfant, la première neissance n’est que révélatrice, on a deux cas de figure, le mari qui n’a pas su créer de véritable attaches avec sa femme, cette dernière quand elle enfante, retrouve l’affection qui lui faisait défaut via sa relation mère-enfant.” je l’ai bien medite…et ca me fait apprecier mon mari encore plus. Loula a bientot de te relire! un vrai plaisir!

loula marre toi, rira mieux celui qui rira le dernier :-) mwah kbiiiiiiir
zalamoka
c’est vrai je me suis tjs senti plus proche des femmes. peut être que je joignais tout simplement l’utile à l’agréable ;-) mais je ne suis pas une femme. d’ailleurs je me suis tjs demandé comment serais je si j’étais une femme, c’est sûr je serais… comment dire pour ne pas être vulgaire, . si j’étais belle en plus, alors là vous me verrez rarement, paarce que j’aurais un mec “signifiant” dans chaque coin du globe. non c’est sûr je serais une salope…oups pardon
je serais une femme de savoir donc une femme cruelle. Mais un jour, pas trop tard, (parce que j’aurais démarré assez tôt) je me transformerais radicalement en Rouqaya et je me choisirais un petit tayeb comme dans l’histoire.
En attendant une nouvelle vie je reste un homme de sexe mal et hétérosexuel.
Voilà, je tenais absolument à préciser ce détail

loula
je connais un peu près la même histoire que l’ami le mhyto…de tayeb. la Trymskvida. C’est une histoire du nord de chez nous. Thor Freya et les trolls. thor c’est le dieu de la pluie et le beau temps freya déesse de la fertilité et les trolls sont les méchant. thor possédait un marteau avec lequel il faisait venir la pluie. un jour Thor se réveilla et vit qu’on lui avait dérobé son marteau. Pas de marteau pas de vie. il entra dans une colère si violente qu’il y ait eu un tremblement ce jour là. avec son ami Loki il se rendit chez freya pour lui emprunter ses ailes afin que loki puisse voler jusqu’au Jotunheimen (la maison des géants) et découvrir si c’est bien les trolls qui sont les coupables. Loki rencontre le roi des géants Trym qui confirma les faits. Il a en plus caché le marteau huit milles mètres sous terre. il ajouta: vous n’aurez le marteau que si je peux épouser Freya.
tu es tjs là loula,
Dans la hiérarchie de la résidence des dieux Asgard, Freya fut celle qui donnait la vie à toutes les espèces vivantes. Si elle se mariait avec Trym, les ases (les trools en plus gentils;-)) disparaîtront et Mitgard (le monde des ases) partira en fumé. tu vois comme elles sont importantes les femmes.le mythe se poursuit avec le retour de loki à la maison des dieux. il prie freya de revêtir ses plus beaux bijoux de fiancée, car elle doit se marier avec Trym ( quelle horreur!). freya se fâche et déclare qu’elle n’épousera jamais un des trolls.
Le dieu Heimdal a alors une idée de génie: il propose de déguiser thor en mariée. on lui met tout de suite des pierres en guise de poitrine et on l’habille en mariée et loki le suit comme demoiselle d’honneur.
j’aime bien les “märchen” moi, mais je ne vais pas abuser de ton hospitalité loula en plus je n’ai pas vu le temps passé, ça commence à craindre chez toi. je file

Hobahoba reviens ici galak :-)
Zalamoka ahlan comment vas-tu?
Non, je rigole car je ne pensais pas que ce bout de texte allait engendrer des interprétations du genre. Je m’arroge le droit du silence, mais pas celui de Roqaya que je trouve des plus désuets.
Mwah

hoba hoba: my apologies: “je cours citer cette phrase à mon copain qui souffre le pauvre.” Je me suis trompee d’interpretation…Mais tu as certainement de la sensibilite feminine: c’est attirant chez un mec.
Loula: good, good all is good.

mais c’est la bande des thérapeutes chez toi loula. j’apprend aujourd’hui que j’étais un “mec attirant” et que j’avais de “la sensibilité féminine”. c’est pas beau tout ça. je te remercie zalamoka et…j’en veux encoooooooooore.
mais “comment se débarrasser de la drogue lola”

Zalamoka mwah!
Hobahoba, spécialité marocaine la thérapie :-) A prendre avec modération. Chais pas, mais moi j’aime les drogues de ce genre en autant qu’elles ne te montent pas à la tête et créent une grande addiction. Aujourd’hui, en cliquant sur les liens des lectures des visiteurs j’ai découvert un parti politique que je ne connaissais pas: le Parti du plaisir. Je me dis se lancer en politique on doit avoir son lot de frustations, faut gérer les égos en plus du sien, ramer pour arriver à son but alors autant se donner du plaisir. Faut avouer que je n’ai pas lu la plateforme mais si quelqu’un d’entre vous voulait se porter volontaire pour le faire je lui en serai reconnaissante.
Mwah

bonjour,
c’est par le tableau d’RV Miloux que je tombe sur votre blog.
RV miloux est un peintre que j’aime beaucoup,mais que peu de gens connaissaient.
auriez- vous son contact?
merci par avance,
valentine.

Bonsoir Bluevalentine, je ne le connais pas personnellement. Le seul contact que j’ai est via l’adresse suivante:
http://www.artentete.org/salons/peinture/miloux/html/oeuvre04.html

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