Publié par : Loula la nomade | 27,02, 2007

Au-delà du dôme

Bonjour à vous,
Merci de tant de gentillesse à mon égard, cela me touche infiniment.

Au-delà du dôme

Est-ce parce que je suis née ailleurs, est-ce parce que les routes sont glissantes, est-ce parce que tout est au ralenti depuis une vie… Est-ce parce que les humains sont devenus avides de sensations fortes ou encore parce que la vie nous impose des choix pas toujours évidents… Est-ce parce qu’il est plus facile de faire dans le noir et le blanc au lieu de d’accepter les zones grises… Est-ce parce qu’il faut paraître plutôt qu’être tout simplement… Est-ce parce que coule en nous ce désir de gagner qu’il faut être dépourvu de scrupules… Est-ce parce que le cynisme semble ouvrir les portes et que la candeur soit signe de faiblesse… Est-ce parce que gueuler soit acceptable et se taire soit mal vu… Est-ce parce que la pérennité soit devenue le but à atteindre… Est-ce toujours donnant donnant alors qu’il est plus gratifiant de voir un sourire se dessiner sur les visages… Est-ce cette rage du pouvoir qui pousse certains à vouloir être les premiers même quand ils ne racontent que des niaiseries…Le silence est d’or disait les Anciens… Le tapage est de rigueur répondent les Nouveaux…

Ici, rien ne bouge… Les saisons sont les mêmes, elles s’étirent jusqu’à nous envelopper du suaire de la drabitude ambiante… Les consultants des univers ont déclaré une trêve. Dorénavant, il nous sera possible de circuler d’un univers à l’autre. D’un campement à l’autre… Il y a à peine trois jours nous devions nous dévoiler l’épaule afin que les scanners puissent lire nos identités. Depuis trois jours, les inspecteurs de l’identité sanitaire ont disparu. Les gens se méfient encore les uns des autres et surtout conseillent aux plus jeunes de ne pas quitter les limites de notre univers…Notre univers est l’envie des autres univers répètent-ils sans arrêt, les enfants et les femmes ne doivent pas s’aventurer en dehors des limites du dôme. C’était il y a longtemps, du temps où nos géniteurs étaient enfants. Ils racontent que les consultants avaient réussi à se départager le grand univers. On raconte qu’auparavant les gens circulaient et voyageaient dans les airs. Ils voyageaient tellement qu’il devenait impossible aux Hauts commissariats à la santé de freiner les pandémies. Les gens tombaient malades et mouraient en quelques heures. Tous les univers se pointaient du doigt… Puis, commença une chasse à tous ceux qui présentaient des signes de faiblesse. Les gens s’organisaient par quartier, ceux qui parlaient plus fort devinrent des chefs et commencèrent à ordonner de se méfier des malades… Ils coûtaient trop cher au Haut commissariat de la santé… Ils étaient malades… Il était plus judicieux de les tuer que de les laisser mourir à petit feu et risquer que plus de personnes soient contaminées… Ainsi, dans chaque quartier, des brigades s’organisèrent à creuser d’immenses fossés où n’en finissaient pas de crépiter d’immenses flammes… Voulez-vous voir vos enfants mourir… Non, alors il est de votre devoir de rapporter tout comportement suspicieux… Les malades n’auront plus droit de cité… Au début, on brûlait les Autres, ceux que les grands oiseaux déposaient… Puis, on se mit à brûler les vieux… Plus on brûlait, plus les consultants en redemandaient… Il fallait éradiquer les maladies…anéantir les faibles et surtout il fallait obéir et rapporter.
Quand les consultants furent assez forts, ils se réunirent et par un concours de hasard furent tous atteints d’un mal qui les foudroya après un repas copieux. Tous moururent, sauf un. Le Consultant suprême qui veille sur nos vies. Il en fut de même pour les autres univers. Certains murmurent parfois que les Consultants suprêmes sont des frères qui assouvissent la vengeance de leur père ou de leur mère. Ils se ressemblent à en croire leurs images diffusées vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur le dôme. Ils portent tous une tunique blanche avec pour seule exception la couleur du cercle sur leur épaule gauche.
Ils avaient commencé par les malades et se mirent d’accord pour ficher les habitants. Ainsi, chaque personne dans les univers civilisés par le travail acharné et poussé par l’abnégation des Consultants suprêmes; qui ne voulaient que préserver leurs univers répétaient-ils, eut droit à une micro puce sur son épaule droite. C’était un vaccin, disaient-ils, qui protégerait contre d’innombrables maladies. Il y eut des réfractaires. Pour ces derniers, le châtiment était des plus terribles. Toute activité cessait et tous étaient sommés de sortir et regarder les images diffusées sur le dôme. Les réfractaires, graine de rébellion et d’instabilité comme on les surnommait, étaient arrêtés sous les yeux de tous. Les inspecteurs commençaient par leur demander pourquoi ils refusaient d’être inoculés et qu’ils devaient penser au bien être de la communauté, que leur comportement était dangereux et qu’il leur fallait se conformer et obéir pour le bien de tous. Les inspecteurs prenaient ensuite leurs papiers d’identité et déclaraient sans pour autant laisser aux réfractaires le temps de répondre à leurs questions accusatrices qu’ils étaient désormais des sans identité. Pendant qu’un inspecteur se plaisait à déchiqueter les papiers, d’autres giflaient le réfractaire, riaient de lui et le prenaient pour un ‘punching bag’. On l’attachait ensuite sur une roue fixée sur un chariot. Sur le chariot étaient cloués des pics qui à mesure que la roue tournait, s’enfonçaient dans les membres du réfractaire. Tous étaient obligés d’assister sans rien dire sinon répéter ce que le crieur public attitré à chaque quartier scandait. Les réfractaires nous menacent, les réfractaires sont dangereux pour notre bien être, les réfractaires sont des maladies mortelles qu’il faut éradiquer. On restait là à scander des mots que le Consultant suprême avait décidé. Puis, les inspecteurs détachaient le réfractaire et le rouaient de coups avant de le lancer dans le fossé. A chaque jour ce rituel se produisait jusqu’à ce qu’il devienne hebdomadaire, mensuel. Tous se méfiaient les uns des autres et tous craignaient les coups à leur porte. Les femmes se terraient, les hommes marchaient la tête basse, les vieux n’osaient plus raconter leur jeunesse et les enfants, garants de l’avenir de l’univers, étaient pris par le Haut commissariat à la santé, pour devenir les leaders d’un univers meilleur. Ils étaient tous adoptés par le Consultant suprême qui les suivait partout via une image holographique.
C’est donc par un matin du troisième quartier de lune que tous les Consultants suprêmes de l’univers avaient signé un Traité, celui de la libre circulation; et avaient par la même occasion élu le Supra Consultant Suprême qui devait, désormais, parler au nom de tous. Il fallut attendre quelques lunes avant de voir les crieurs publics réunir les habitants et leur annoncer qu’ils étaient libres de circuler, mais qu’il fallait encore se méfier car les trêves n’étaient pas synonymes de réelle accalmie. C’était un monde nouveau qui s’ouvrait à tous.


Réponses

  1. Loula is back et en force :)

    quoi dire, le premier paragraphe m’a ému, car il parlais un language que je connais, des questions que je me suis posé…

    la deuxième partie…. je m’y suis perdus le temps d’un voyage … un monde nouveau qui s’ouvrait à tous tu disais…?

    merci pour le voyage… Mwah

  2. Loula c’est ça ton génie ! Tout est dit en un seul billet. Oui tout a été dit sur les lâchetés actuelles, les servilités quotidiennes, les pathos de la nature humaine.
    Une prière : Consultant suprême, préserve-nous des dérangements de l’esprit et du piège cruel des libertés surveillées.

  3. Superbe texte… Mais je t’avoue que je n’échangerais pas ton futur contre le mien :-P
    La première question qui se pose à mes yeux est: dans quel camp serions nous si nous étions là-bas? Sur la roue ou parmi la foule qui regarde?

    En fait, je crois que la question est: dans quel camp sommes nous aujourd’hui…

  4. Que le printemps arrive bientôt pour mettre fin à l’apocalypse. Magnifique texte. You rock !

  5. Heureuse de te lire lalla & welcome home :)

    J’ai adoré ton billet très bien dit, très bien résumé, même si au bout du premier paragraphe j’ai dû relire pour suivre le rythme !!

    Si je crois Jacques ATTALI dans son bouquin “une brève histoire de l’avenir”, ca ne va pas aller en s’arrangeant à moins que on prenne conscience de ….. (la liste est longue). Je me joins donc à Marsha et Larbi dans l’espérence de la première et la prière du second.

    Et pour terminer sur note optimiste voici un énorme MWAH, je t’adore lalla :)

  6. Bonjour à vous,

    Lalla Knouz, Larbiiii, Mehdi7, Marsha, Marocaine, merci de lire mes délires. Un petit mot avant de prendre la route histoire d’arriver en ville avant que la tempête de neige ne commence et en espérant que le vol se fasse sans trop de turbulence. Bein, voilà, ma valise est prête. Les paquets de plus de cent kilos sont prêts. J’ai ma lettre en cas de pépin, mon visa d’affaires. Mon petit bouquin d’espagnol. Me reste plus qu’à aller chercher trois petits cadeaux une fois en ville et espérer de tout mon coeur que le vol partira à l’heure.
    Je déteste voler et ce seulement depuis que j’ai des enfants. Je m’en veux car ils sont en vacances à partir d’aujourd’hui et que leur papa sera aussi en voyage d’affaires à partir de lundi. Heureusement que Mia est là. Que ferai-je sans Mia?
    Big Mwahs à vous et je penserai bien fort à vous une fois rendue à la Havane et viendrai vous lire et vous “parler” dès que j’en aurai l’occasion.
    Mwah!


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