Publié par : Loula la nomade | 2 janvier 2008

Le roi de la vallée et la reine de la pelle

3 janvier 2008, quatrième tempête de neige en moins de deux semaines. Les municipalités commencent à se plaindre du trou budgétaire que le nettoyage de la neige provoquerait. Bon, d’accord, il faut faire attention en conduisant et ne pas se croire sur un circuit automobile. Mais, moi la neige j’aime. Si, si. Ce matin, les routes sont déconseillées. Tout l’est du Canada est au ralenti. Le Nouveau-Brunswick, ma province d’adoption est sous la neige. Il est tombé pas moins de 35 cm ici et cela continue.

K. m’appelle ce matin et s’invite pour un café. K. est un être complexe qui, semble-t’il, donne de l’ampleur à mon existence. Je l’écoute parler de la vie. La mienne, il y a longtemps qu’elle est au frais. C’est une longue histoire et je ne suis pas du genre à me raconter. Mon ami dit souvent que je ne suis que toucher, que telle une roche on parvient difficilement à me lire et encore moins à percer ce regard laconique qui fait que je sois moi et pas sa voisine d’en face.
Il dit souvent que nous allons nécessairement à notre perte avec cette manie que nous avons de désigner la compétition comme seule arme possible, car cette dernière nous cantonne dans des aires bien précises au lieu de nous donner la chance d’explorer les innombrables possibilités qui s’offrent à nous. Il me demande de fermer les yeux et d’imaginer le tracé qu’une brindille effectuerait dans une nappe de melasse. Je le soupçonne de faire une overdose de Gleick. Cela lui arrive de temps en temps de plonger tête premier dans un ouvrage et de n’en émerger que des mois plus tard. Je le préfère lisant La théorie du chaos que de s’enfermer dans du Cioran.
Une fois installé, K. parle pendant des heures du temps qu’il fait, des tendances climatiques, de ce que nous pourrions faire en tant que citoyens. Les jours de neige comme ce matin, il me dit venir d’un passé lointain, il se demande tout haut en me regardant d’où proviendrait la destinée, il continue en disant que le voile du mystère n’est que leurre qu’il nous fait le percer ou encore le lacérer à coups de raison, que l’attente est un piètre mirador.
Dehors, la tempête de neige n’a aucune intention de s’affaiblir. Je le raccompagne à la porte et me prépare à déneiger l’entrée. Il me quitte en déclamant:
Ecoute, ce sont les paroles de la roche qui jaillissent
C’est la voix de Khmiss Batata qui refuse que la neige l’ensevelisse
C’est la voix qui refuse les rimes tout autant que les saisons
C’est la vallée qui se vide de ses plus beaux songes d’avenir
Les mères berçant leurs souvenirs
Devinent l’alphabet des désirs naissants de leurs progénitures
D’ horizons barrés, elles n’en veulent point
Elles combattent les mémoires de demain

Tu vois, poursuit-il cette vallée est une mère en deuil. Mais, déjà le vent et la neige couvrent sa voix. Je le regarde s’éloigner et m’imagine construire des tunnels d’avenir. Mes sens divorcent de ma raison. Je ne sens plus la griffe lacérante du froid. Je suis la reine de la pelle. C’est le mantra du jour car il me faudra déneiger si je veux sortir un jour.

Et je ne sais pourquoi cette chanson me poursuit..


Réponses

  1. waw je suis ploner dans une poesié sans fin, une selection de mots bien inspiré pour donner vie a un texte en parfaite négation avec le temps gris qui fait fureur au canada :)
    si le temps ou le mal temps arrive a te faire insipré de tel sorte j’aimrais te confiner dans une caravane en Alaska , ainsi je pourais avoir matiere a lire chaque jours, des textes et des perles . en plus de cela il neige dans ton blog et ca fait bizarre sur fond d’une corniche cunaine !!!
    je sais pas pourquoi, mais j’ai un plaisre a te lire et a lire ceux de Kenza , je me sens comme dans un univers magique dont les deux personnages sont Kenza [ http://www.murmures.net ]et Loula merci vos deux vous etes mes deux livres :)

  2. Agharass, tu sais en relevant la contradicton tu me fais penser à Kenza qui dit que je suis dans les extrêmes :-)
    L’Alaska, depuis un moment mon homme parle de m’y emmener en croisière mais je m’entête :-) . Une fois que les enfants seront plus grands. Sinon tu nous imagines tous ensemble, bizarre de caravane que cela ferait car eux les beaux paysages ils en veulent pas. A sidi, cela fait plaisir que tu aimes.
    Quant à Kenza, je me plais à dire parfois que nous sommes dignes filles de la ville rouge alors nous barbouillons le quotidien de couleur et elle est d’une sensibilité hors du commun notre Lalla Knouz.

  3. Imagine. Imaginer… Je ne sais pourquoi en y pensant un peu, je me suis dit que nous sommes condamnés à imaginer. Condamnés ? Je sais, cela peut paraître curieux, il va falloir que je creuse un peu…

    Bises

  4. Bonjour Francis,

    Tu as raison en parlant de cette condition de condamnés à imaginer surtout lorsqu’il s’agit d’équité, de justice sociale et de paix.
    Mwah


Répondre

Votre réponse :

Catégories