On passe sa vie à courir. On prend sur nous, on se dit qu’on aura le temps plus tard de se reposer. On court, on court. On s’arrête par moments, mais on finit par reprendre la course. On fait dans le marathon alors que la vie devrait être une marche dans les bois, sur les dunes, ou au bord de l’eau. On s’entête et c’est reparti! On croit que notre mission est d’être toujours présent, pas sur tous les fronts, mais être présent. On se croit éternel ou plutôt surhumain. On oublie que le corps fatigue. On l’a tellement rodé ce corps, qu’il nous suit la plupart du temps sans trop rechigner.
Chacun de nous y va de sa vision du monde. Je ferme les yeux et me mets à fredonner While My Guitar Gently SWeeps.
Je lui dis que plus j’y pense plus j’ai envie de prendre une pause. Ne rien faire. Il me demande si je veux vivre avec des dizaines de milliers de tomates en moins. Je lui réponds que nous avons déjà été des étudiants pauvres, un jeune couple pauvre et de jeunes parents pauvres selon nos critères d’aujourd’hui. J’en viens à regretter de ne pas l’avoir assez encouragé à aller au Pérou ou encore à accepter l’offre du Caire ou de lui dire tout simplement que vu que nous avons essayé la vie corporative pourquoi ne pas essayer la vie tout court. J’en viens à me demander si tout cela vaut la peine. La baraque confort souvent désertée, les escapades dont on rêve, mais qu’on ne peut prendre parce qu’il y a toujours une réunion, un voyage, une mission.
Puis, le temps passe. Telle l’eau, il nous file entre les doigts. Les enfants grandissent et on en vient à regretter ces années où ils nous suivaient partout. On en revient à regretter leurs questionnements et jusqu’à leurs crises de pleurs. Le temps vogue vers une autre dimension et l’on se dit que la traversée ne pourrait qu’être belle.
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